Rédaction de France Info - 6 novembre 2007 - 06:20
France Info a recueilli le témoignage d’un policier, contraint de quitter la région parisienne, après avoir été, pendant plusieurs années, menacé de mort par des délinquants. Muté d’urgence dans une ville de province, il préfère aujourd’hui rester anonyme mais dénonce une situation intenable.
Il ne veut pas donner son nom. Ni celui de la ville dans laquelle il travaillait. Mais ne souhaite pas non plus garder le silence : "Faire son boulot, arrêter les voyous, s’impliquer… on peut pas le faire longtemps". Au total, ce policier, de 32 ans, sera tout de même resté dix ans en banlieue parisienne. Dix ans à traquer les délinquants des quartiers, et à se fondre dans le décor, jusqu’à représenter une menace pour les trafiquants locaux.
C’est en 2003 que la pression commence à monter. Les insultes inscrites sur les murs d’immeubles sous forme de graffitis se transforment en menaces orales. Menaces de mort formulées par des caïds de plus en plus élevés dans la hiérarchie du banditisme. Sa famille est directement citée.
Retour sur une situation devenue intenable : son témoignage au micro d'Anne Lamotte
Il se souvient aussi de ce soir d’automne, en 2005, pendant les émeutes de banlieues. Lors de l’interpellation d’une bande de jeunes, qui jetaient des projectiles sur la police depuis un toit d’immeuble, il est pris à parti par un garçon. Même casqué et lourdement équipé, il dit avoir été reconnu et un fois de plus menacé : "tu viens enfoncer des portes chez nous... on pourrait faire la même chose chez toi. On sait où tu habites".
Fin 2006, il jette l’éponge et rédige un rapport à l’attention de ses supérieurs hiérarchiques, qui demandent immédiatement sa "mutation d’urgence". Quinze jours plus tard, il a quitté la banlieue parisienne avec sa famille, et intègre une nouvelle équipe, loin de Paris.
Pourquoi lui ? Pourquoi a-t-il été victime de menaces aussi virulentes ? A cette question, il n’a pas de véritable réponse. Il sait simplement qu’il était l’un de ceux qui ne lâchent pas prise, qui continuent de travailler quelles que soient les difficultés du terrain : "Je ne faisais pas de zèle, mais je ne suis pas quelqu’un qui va faire le minimum".
J'ai un sentiment de renoncement : son témoignage au micro d'Anne Lamotte
Phénomène isolé ou dossier sensible ? La police nationale affirme ne pas être en possession de statistiques spécifiques sur ce type de mutations. Elles seraient de toute façon inférieures à cinq par an. Et si l’on additionne les chiffres fournis par les syndicats, il semblerait que le phénomène concerne au plus une quinzaine de personnes par an, toutes catégories de policiers confondues. Un nombre qui serait cependant en constante augmentation, selon plusieurs organisations syndicales.
Pas de raisons de s'inquieter donc... tout va tres bien madame la Marquise


