Microcrédit : Le commerce de la misère

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Microcrédit : Le commerce de la misère

Messagepar Pat » 07/10/2012 - 10:18

En leur procurant une somme modique afin qu’ils puissent développer une activité rémunératrice, le microcrédit devait émanciper les plus pauvres. Mais, en Inde, une autre logique s’est imposée : des sociétés prêteuses bâtissent des fortunes en vampirisant les plus vulnérables.

Laksmi et sa femme Rama n’en pouvaient plus de confectionner, jour après jour, un bon millier de beedies (cigarettes aromatiques), soit douze heures de travail, pour espérer gagner 70 roupies (1,10 euro). Ce couple avec deux enfants a donc emprunté 5 000 roupies (78 euros) à un organisme de microcrédit afin d’ouvrir une minuscule échoppe de bétel dans le faubourg de Warangal (Etat d’Andhra Pradesh), dans le sud du pays. Cela devait leur permettre de vivre mieux, tout en remboursant 130 roupies par semaine. Mais, raconte Rama, Laksmi est tombé malade : « Pendant quatre mois, il n’a pas pu travailler. » Les échéances s’accumulent et, avec elles, les intérêts. Les voisins commencent à devenir agressifs, car les sociétés de microcrédit ont mis au point un système de coresponsabilité : quand un débiteur fait défaut, les autres doivent rembourser. Harcelé, terrorisé, le couple souscrit un deuxième prêt pour rembourser le premier. Puis un troisième pour payer le deuxième… Un total de cinq prêts, pour l’équivalent d’environ 1 000 euros.

Les créanciers ont fini par littéralement camper devant la masure de Laksmi et Rama. Puis ils ont — en toute illégalité — saisi l’échoppe de bétel, la gazinière, les bijoux en or, et enfin la machine à coudre avec laquelle une des deux filles du couple, Eega, 20 ans, taillait des vêtements pour les revendre. « Tu es jolie, prostitue-toi ! », lui ont jeté les créanciers quand elle leur a demandé comment sa famille allait pouvoir manger. Humiliée, elle s’est immolée par le feu le 28 septembre 2010.

« Les pauvres ont accès à un crédit facile, à leur porte, résume M. Reddy Subrahmanyam, à la tête du ministère du développement rural de l’Etat. Mais à quel prix ! Avec les charges, les taux d’intérêt frôlent les 60 %. »

Dans l’esprit de son inventeur, le Bangladais Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix (1), le microcrédit devait permettre l’acquisition d’une nouvelle source de revenus, et non faire office de complément. Une nuance fondamentale, car le microcrédit indien s’apparente désormais aux prêts à la consommation : « Les plus pauvres souscrivent des crédits pour payer des frais médicaux, une dot, un mariage, voire une télévision ou un pèlerinage, fulmine M. Subrahmanyam. Le microcrédit devait émanciper [empower] les plus démunis, leur rendre leur dignité. Désormais, il les enfonce dans la misère. » Et, au lieu de créer des solidarités, la coresponsabilité des emprunteurs fait imploser les communautés villageoises.

Note :

(1) M. Yunus, fondateur de la Grameen Bank en 1976, a été licencié en mars 2011 de sa société, vraisemblablement en raison de l’animosité de l’autoritaire première ministre Sheikh Hasina.

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