Le mur des réalités se dresse toujours devant les affirmations gratuites des adeptes du libéralisme, du socialisme et de leur fille illégitime, la mondialisation. L’été 2007 l’aura confirmé à travers trois événements, apparemment sans rapport : la contagion de la crise économique américaine, la mise à l’épreuve de l’”homme providentiel” républicain et les aléas de la fusion GDF-Suez.
La crise des “subprimes mortgage” (crédits hypothécaires à risques), survenue aux États-Unis au mois d’août, a démontré que les échanges économiques massifs n’étaient pas toujours heureux ; ils participent simplement à l’expansion du capitalisme et à son corollaire, les crises de réajustement.
Le capitalisme a constamment besoin de nouveaux marchés. Lorsque les débouchés commencent à saturer, il faut relancer la demande : les “crédits hypothécaires rechargeables” apportent les fonds nécessaires. Le mécanisme des “subprimes mortgage” repose sur lui-même : il procure des prêts bancaires selon la hausse de la valeur théorique des biens achetés à crédit ; plus les emprunteurs s’endettent, plus les prix s’envolent, le surcroît d’achats entraînant mécaniquement une hausse des valeurs d’échange, ce qui ouvre de nouvelles opportunités d’emprunt, et ainsi de suite... jusqu’au jour où la virtualité du phénomène est rattrapée par l’impossibilité de rembourser les crédits souscrits. Dans ce cas, les banques n’ont plus confiance dans les emprunteurs ; les entreprises ralentissent leurs investissements car elles craignent la récession ; les particuliers freinent leur consommation faute de nouveaux crédits ; etc. La preuve est faite que la mondialisation peut aussi bien apporter la croissance que la crise !
Contradictions
En France, un autre mythe s’effondre, selon lequel les échéances électorales feraient immanquablement apparaître un homme providentiel susceptible d’engendrer la confiance créatrice de reprise économique. Or, derrière les paillettes et la suractivité du nouvel hôte de l’Élysée, c’est l’atonie de la croissance qui guette. Cela s’explique en grande partie par les contradictions du Président : d’un côté, il relance la Constitution européenne, et de l’autre, il espère un sursaut économique national.
Depuis le rejet du traité constitutionnel européen en 2005, une certaine confiance économique s’était répandue en France : les entreprises recommençaient à investir et à embaucher, les perspectives de fuites éperdues vers les frontières d’une Europe sans bornes disparaissant. Avec la relance institutionnelle européenne et le projet de réforme de notre propre constitution, qui pourrait abroger l’obligation d’approuver par référendum les nouvelles adhésions à l’UE, le sarkozysme se détourne de nos infrastructures pour ne compter que sur la mise ne place d’une fédération difforme, sans cesse plus élargie, que complétera un “partenariat euro-méditerranéen”. Les entreprises reprennent donc leurs anticipations et investissent dans les zones où les coûts sont moindres.
Reniement
Concernant la fusion GDF-Suez, le président de la République se sera doublement renié : d’abord en proposant des alternatives à ce rapprochement qui auraient fait passer nos entreprises sous la bannière de groupes étrangers ; ensuite en acceptant une quasi-privatisation alors qu’il avait affirmé que l’État resterait « quoi qu’il arrive » propriétaire majoritaire du gazier national.
La réalité de la mondialisation est très différente de la vision dogmatique du libéralisme. Jamais, sur le plan économique, les États, à travers leurs institutions financières, n’auront été aussi présents qu’aujourd’hui : depuis 2003, le fonds de pension contrôlé par l’État norvégien a investi plus de 300 milliards de dollars et est ainsi actif dans quatre-vingt-dix sociétés françaises ; les banques des États du golfe arabo-persique multiplient les participations, notamment dans Eurodisney ; le Temasek créé en 1974 par l’État singapourien investit aujourd’hui sur l’ensemble de la planète ; la Chine va consacrer 300 milliards de dollars par an à l’acquisition d’entreprises étrangères ; le 1er février 2008, la Russie instituera à son tour un “fonds pour les générations futures” censé d’acheter des actions cotées sur les grandes places financières...
En août dernier, face à cette déferlante nationale, Angela Merkel déclarait : « Un projet de loi sera présenté au Parlement pour préserver les intérêts nationaux menacés par des investissements étrangers problématiques. » Les actes ont précédé les intentions avec la prise de contrôle de Volkswagen par Porsche. La France doit, elle aussi, comme dans le dossier GDF-Suez, se protéger et utiliser l’État pour défendre les fleurons de son industrie. La vraie rupture passe par la mise en oeuvre du patriotisme économique. L’année 2007 n’est pas celle du triomphe du mondialisme, mais, bien au contraire, celle de l’avènement des fonds souverains. L’État doit absolument créer ce type d’organisme !
Henri LETIGRE L’Action Française 2000 du 20 septembre au 3 octobre 2007
Du mondialisme au patriotisme économique
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