ALLEMAGNE. Les nouveaux conservateurs critiquent la dérive à gauche du parti d'Angela Merkel. Retour de la discipline et du zèle au travail.
Yves Petignat, Berlin
Mercredi 12 septembre 2007
L'Allemagne va-t-elle revivre la querelle des crucifix à l'école? Alors qu'au sein de l'Union chrétienne démocrate (CDU), le parti conservateur d'Angela Merkel, circule un manifeste réclamant le retour aux valeurs traditionnelles allemandes, son secrétaire général, Ronald Pofalla, vient de se prononcer, dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, pour le retour des crucifix dans tous les espaces publics. Mais ses propos n'ont suscité pour l'instant que peu de réactions. Le pays se retourne vers la Leitkultur, la culture de référence, dont les valeurs chrétiennes sont la base.
«Comme parti qui porte le mot de chrétien dans son nom, nous voulons que notre appartenance au christianisme soit maintenue dans les espaces publics, dont les écoles, les tribunaux et les administrations», a déclaré le secrétaire général de la CDU.
En 1995, un arrêt de la Cour constitutionnelle allemande avait jugé contraire à la neutralité confessionnelle de l'Etat un règlement de Bavière prévoyant l'accrochage d'un crucifix dans chaque classe. L'affaire avait suscité un énorme débat sur les relations, toujours étroites en Allemagne, entre les Eglises et l'Etat. Depuis la Bavière a adopté un nouveau règlement prévoyant un arrangement sur la présence du crucifix en cas de désaccord des parents. Mais dans de nombreux tribunaux ou établissements du sud du pays, la présence de croix ou d'autres signes religieux chrétiens n'est pas rare. Car la Cour constitutionnelle avait aussi, dans le même arrêt, reconnu que «les valeurs chrétiennes, sur lesquelles se fonde le consensus social» étaient «enracinées dans l'histoire» et donc constitutives de l'identité allemande.
C'est une opinion très largement partagée en Allemagne, où la tradition française de laïcité est inconnue. Dès lors, les récentes déclarations de Ronald Pofalla n'ont pas vraiment choqué. Elles s'inscrivent d'ailleurs dans une aspiration aux valeurs traditionnelles favorisée par l'échec, aux élections de 2005, de l'expérience de la gauche «rouge-verte». Et avec elle du multiculturalisme et de la révolution culturelle des ex-soixante-huitards.
Il y a un mois, le secrétaire général de la CSU bavaroise, Markus Soder, avait plaidé pour un retour au «conservatisme éclairé», ajoutant que «les crucifix ont leur place dans les écoles de Bavière, mais pas le foulard». Le débat sur le renouvellement de la base programmatique de la CDU, qui sera adoptée en décembre à Hanovre, a ainsi permis de sentir une montée d'inquiétude de la base face à une «dérive à gauche».
C'est dans ce contexte que de jeunes cadres de la CDU, entre vingt et quarante ans, viennent d'élaborer un manifeste intitulé Pour un conservatisme moderne. Pourquoi l'Union doit retrouver ses racines. Ils y critiquent vertement le rôle trop faible que jouent dans la grande coalition les deux formations conservatrices, la CDU et sa petite sœur CSU, et leur manque de profil clair. Ils demandent ainsi une politique encourageant les «vertus allemandes», l'honnêteté, la loyauté, la discipline et le zèle au travail.
Si la CDU veut atteindre les 40% de voix qui lui permettraient de gouverner sans le SPD, il faut absolument mobiliser l'électorat traditionnel, qui actuellement ne s'y retrouve plus, argumentent les nouveaux conservateurs. Ils veulent ainsi que l'éducation ou l'intégration des étrangers reposent sur une Leitkultur dont les bases sont «les valeurs chrétiennes et occidentales».
Angela Merkel a déjà répondu par anticipation, lors de l'assemblée des délégués chargée de préparer le nouveau document de base de la CDU, la semaine dernière. Dans un discours-programme orienté vers «le droit de chacun à une part de bien-être», elle a ainsi fait l'éloge de l'honnêteté, de la solidarité et de l'assiduité au travail mais aussi de la Leitkultur.
Merkel-Sarkozy: léger froid
Irritation mutuelle entre la chancelière allemande et le président français.
Les embrassades entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, lundi, au château de Meseberg, près de Berlin, dissimulent mal leur irritation mutuelle, selon le quotidien allemand Rheinische Post.
Agacée par la tendance du nouveau président à tirer la couverture à lui, notamment dans la libération des infirmières bulgares en Libye en juillet, ou à se présenter en sauveur du sommet du G8 ou du dernier sommet européen en juin, Angela Merkel aurait surnommé le président français «Monsieur blabla».
Quant à Nicolas Sarkozy, «Angela Merkel lui vient sur les nerfs», selon le quotidien. Il lui reproche de ne pas avoir rappelé à l'ordre son ministre des Finances, Peer Steinbrück. Lors d'une réunion à Bruxelles, celui-ci aurait reproché au président français de faire des cadeaux fiscaux par milliards à ses électeurs plutôt que de s'en tenir à la discipline budgétaire exigée par l'UE. «Qu'est-ce qu'il a celui-là à me parler sur ce ton?» se serait irrité Nicolas Sarkozy. Mais Berlin est aussi agacé par l'immixtion du président dans le dossier nucléaire allemand. Un dossier électoral très sensible.
© Le Temps, 2007
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La CDU veut revenir aux «vertus allemandes» ...
La CDU veut revenir aux «vertus allemandes» ...
DEBOUT..................NOUS VAINCRONS
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