La fiscalité tue l'innovation et l'emploi
Publié : 16/10/2008 - 10:15
Le dernier mot à la mode est "innovation". En l'évoquant sur tous les tons, en le prononçant de façon incantatoire, on veut faire croire à l'opinion publique que l'innovation résoudra les handicaps de notre économie dont les performances, il est vrai, sont chaque année de plus en plus préoccupantes. Sans une production réalisée dans des usines situées sur son territoire par une main-d'œuvre nationale, non seulement la France n'aurait rien à exporter, mais elle devrait importer pour consommer, continuer à emprunter pour vivre au-dessus de ses moyens et tenter de maintenir un niveau de vie de plus en plus précaire.
Imaginons néanmoins un effort national d'innovation. Quelles entreprises de matériel scientifique françaises participeraient à cet effort ? Aucune, il n'y en a plus. La dernière, rachetée par un fonds international, a été délocalisée en Allemagne en 2007. Pour innover, il faudrait d'abord commencer par creuser le déficit commercial. Il en est de même pour les équipements médicaux dont presque aucun n'est conçu et fabriqué en France, cette triste réalité expliquant sans doute pourquoi notre pays est sous-équipé en appareils d'investigation et de soins ultramodernes.
On ne peut que constater et regretter que les performances économiques se dégradent année après année, mois après mois.
A la fin mars 2008, sur les douze mois précédents, le déficit commercial était supérieur de 4,56 milliards à celui de la même période 2006-2007 et il s'élevait à 39,2 milliards. Concernant la balance des paiements de la France pour 2007, c'est-à-dire le solde des recettes et des dépenses, le déficit des transactions courantes de l'entreprise France _ échanges de marchandises, de services, revenus de capitaux et transferts de salaires entre la France et l'étranger _ s'élevait à 22,3 milliards contre 12,3 en 2006. L'aggravation de ce déficit de 10 milliards en un an provient de la dégradation de notre commerce extérieur. Si l'excédent de nos échanges de services - dont le poste voyages : 13 milliards, ce dernier néanmoins sensible à la hausse du prix des carburants donc à celui des billets et à la conjoncture politique et l'excédent net des revenus de capitaux, soit 29 milliards, sont des sujets de satisfaction, un point noir demeure, celui des investissements. 164 milliards sont sortis de France pour créer des richesses dans le monde, 15 milliards seulement y sont entrés. Quoi qu'il en soit, dépendre de l'étranger en matière industrielle est d'autant plus grave que la France dépend déjà - et aussi - de l'étranger pour les matières premières et l'énergie, pétrole, gaz, uranium.
SIX IMPÔTS NOUVEAUX
Peut-on encore, dans cette situation, parler d'indépendance et de souveraineté nationale ?
Remarquons en passant - et au risque de choquer certains lecteurs attachés au franc - que, si l'euro a entraîné une cherté des prix après son adoption, sans lui en revanche l'inflation aurait flambé bien au-delà de ce qu'elle est, et le prix de l'essence à la pompe aurait explosé. Les Français profitent sans efforts et sans vergogne, il faut le souligner, de la rigueur budgétaire imposée à beaucoup de leurs voisins européens. Les gouvernements successifs ont été et sont incapables de proposer et de mettre en place les mesures qui réduiraient la charge écrasante des prélèvements fiscaux et sociaux. Mais nos compatriotes finiront par déchanter quand ils seront mis face à la dette publique qui ne cesse de croître et qu'il faudra bien maîtriser puis réduire comme l'imposent, à la fois, une saine pratique budgétaire et les engagements européens.
Si, en l'espace de trente ans, l'emploi industriel est passé de 30% à 18%, si la balance du commerce extérieur et celle des paiements ne cessent de se dégrader, l'innovation défaillante et les délocalisations ne sont pas les seules responsables. Les prélèvements, c'est-à-dire le poids de l'Etat et des collectivités, mais également les charges sociales qui pèsent sur les entreprises, comptent pour beaucoup. Les impôts qui frappent les entreprises françaises représentent une charge de 280 milliards, contre 210 milliards en Allemagne et 120 milliards seulement en Grande-Bretagne.
La suppression de l'imposition forfaitaire annuelle qui pèse surtout sur les petites entreprises n'allège ce fardeau que de ... 1,6 milliard ! Or, dans le même temps, le gouvernement a créé six impôts nouveaux qui devraient rapporter à peine un milliard. Il charge la barque de l'économie sans réduire le gouffre des dépenses publiques et le poids de la dette.
Quel ministre des Finances osera supprimer la taxe professionnelle qui pénalise les entreprises qui investissent et donc embauchent ? Quel ministre du Travail convaincra les syndicats que la bureaucratie tatillonne est un frein à l'emploi ? Quels parlementaires prendront l'initiative de proposer la suppression de l'impôt sur la fortune en démontrant qu'il n'a réussi qu'à favoriser, au détriment de la France, les investissements et les dépenses à l'étranger de ceux de nos compatriotes qui ont refusé cet impôt bien plus idéologique que répondant à un souci de solidarité ? Et quel chef de l'Etat enfin décidera que cette solidarité doit s'exercer prioritairement sinon exclusivement selon la préférence nationale, faute de quoi elle n'est ni comprise ni acceptée ?
Pierre PERALDI. Rivarol du 1er août au 4 septembre 2008.
Imaginons néanmoins un effort national d'innovation. Quelles entreprises de matériel scientifique françaises participeraient à cet effort ? Aucune, il n'y en a plus. La dernière, rachetée par un fonds international, a été délocalisée en Allemagne en 2007. Pour innover, il faudrait d'abord commencer par creuser le déficit commercial. Il en est de même pour les équipements médicaux dont presque aucun n'est conçu et fabriqué en France, cette triste réalité expliquant sans doute pourquoi notre pays est sous-équipé en appareils d'investigation et de soins ultramodernes.
On ne peut que constater et regretter que les performances économiques se dégradent année après année, mois après mois.
A la fin mars 2008, sur les douze mois précédents, le déficit commercial était supérieur de 4,56 milliards à celui de la même période 2006-2007 et il s'élevait à 39,2 milliards. Concernant la balance des paiements de la France pour 2007, c'est-à-dire le solde des recettes et des dépenses, le déficit des transactions courantes de l'entreprise France _ échanges de marchandises, de services, revenus de capitaux et transferts de salaires entre la France et l'étranger _ s'élevait à 22,3 milliards contre 12,3 en 2006. L'aggravation de ce déficit de 10 milliards en un an provient de la dégradation de notre commerce extérieur. Si l'excédent de nos échanges de services - dont le poste voyages : 13 milliards, ce dernier néanmoins sensible à la hausse du prix des carburants donc à celui des billets et à la conjoncture politique et l'excédent net des revenus de capitaux, soit 29 milliards, sont des sujets de satisfaction, un point noir demeure, celui des investissements. 164 milliards sont sortis de France pour créer des richesses dans le monde, 15 milliards seulement y sont entrés. Quoi qu'il en soit, dépendre de l'étranger en matière industrielle est d'autant plus grave que la France dépend déjà - et aussi - de l'étranger pour les matières premières et l'énergie, pétrole, gaz, uranium.
SIX IMPÔTS NOUVEAUX
Peut-on encore, dans cette situation, parler d'indépendance et de souveraineté nationale ?
Remarquons en passant - et au risque de choquer certains lecteurs attachés au franc - que, si l'euro a entraîné une cherté des prix après son adoption, sans lui en revanche l'inflation aurait flambé bien au-delà de ce qu'elle est, et le prix de l'essence à la pompe aurait explosé. Les Français profitent sans efforts et sans vergogne, il faut le souligner, de la rigueur budgétaire imposée à beaucoup de leurs voisins européens. Les gouvernements successifs ont été et sont incapables de proposer et de mettre en place les mesures qui réduiraient la charge écrasante des prélèvements fiscaux et sociaux. Mais nos compatriotes finiront par déchanter quand ils seront mis face à la dette publique qui ne cesse de croître et qu'il faudra bien maîtriser puis réduire comme l'imposent, à la fois, une saine pratique budgétaire et les engagements européens.
Si, en l'espace de trente ans, l'emploi industriel est passé de 30% à 18%, si la balance du commerce extérieur et celle des paiements ne cessent de se dégrader, l'innovation défaillante et les délocalisations ne sont pas les seules responsables. Les prélèvements, c'est-à-dire le poids de l'Etat et des collectivités, mais également les charges sociales qui pèsent sur les entreprises, comptent pour beaucoup. Les impôts qui frappent les entreprises françaises représentent une charge de 280 milliards, contre 210 milliards en Allemagne et 120 milliards seulement en Grande-Bretagne.
La suppression de l'imposition forfaitaire annuelle qui pèse surtout sur les petites entreprises n'allège ce fardeau que de ... 1,6 milliard ! Or, dans le même temps, le gouvernement a créé six impôts nouveaux qui devraient rapporter à peine un milliard. Il charge la barque de l'économie sans réduire le gouffre des dépenses publiques et le poids de la dette.
Quel ministre des Finances osera supprimer la taxe professionnelle qui pénalise les entreprises qui investissent et donc embauchent ? Quel ministre du Travail convaincra les syndicats que la bureaucratie tatillonne est un frein à l'emploi ? Quels parlementaires prendront l'initiative de proposer la suppression de l'impôt sur la fortune en démontrant qu'il n'a réussi qu'à favoriser, au détriment de la France, les investissements et les dépenses à l'étranger de ceux de nos compatriotes qui ont refusé cet impôt bien plus idéologique que répondant à un souci de solidarité ? Et quel chef de l'Etat enfin décidera que cette solidarité doit s'exercer prioritairement sinon exclusivement selon la préférence nationale, faute de quoi elle n'est ni comprise ni acceptée ?
Pierre PERALDI. Rivarol du 1er août au 4 septembre 2008.
