Les secrets de la Française des Jeux
La Française des Jeux squatte les écrans de télévisions, il est impossible d'ignorer les dizaines de jeux à gratter qu'elle propose dans le moindre bureau de tabac mais pourtant personne ne la connaît vraiment. Qui sont ses actionnaires privés, quelles sont ces neuf filiales aux noms incongrus ? Dans son livre "La Française des Jeux : jackpot de l'Etat", le journaliste Sébastien Turay répond à ces questions et à bien d'autres. Il lève le voile sur les rouages d'une entreprise qui pèse en 2006 9,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires.
Des chiffres qui donnent le tourni
Les Français dépensent chaque jour 96 millions d'euros en jeux divers et variés . Soit 1.000 euros par heure, s'est amusé à calculer Sébastien Turay, l'auteur de "La Française des Jeux : jackpot de l'Etat ?". Soit surtout pour la Française des Jeux, une grande part de son chiffre d'affaires annuel de 9,5 milliards d'euros qui fait d'elle le 5e opérateur de jeux au monde, selon le journaliste. L'Etat, lui, récupère 75% des bénéfices de la FDJ (2,8 milliards en 2006).
En moyenne, les joueurs dépensent chaque année entre 330 et 350 euros chacun. En 2005, ils étaient 28,8 millions à avoir tenté leur chance. 19% d'entre eux sont des retraités, 14% des ouvriers, 20% des employés, 21% des inactifs. Les cadres supérieurs, eux, ne représentent que 6% des joueurs.
Des actionnaires discrets mais comblés
A leur origine, les jeux historiques de la Française des Jeux étaient organisés par des associations caritatives et des entreprises qui se retrouvent aujourd'hui dans l'actionnariat de l'entreprise. Parmi eux, et au premier rang, l"Union des blessés de la face et de la tête, les Gueules cassées, possède 9,2% des parts de la FDJ. Entre une redevance accordée de longue date sur le Loto et ses dividendes, l'association a par exemple récoltée 10 millions d'euros en 2006. Ses réserves de fonds seraient estimées aujourd'hui à 100 millions d'euros. Les autres actionnaires sont la Fédération André-Maginot (4,2%), Idsud, une société de placements financiers cotée en bourse, la confédération des buralistes (2%), la mutuelle du Trésor (1%), la Comalo (0,6%) et les Emission Berger (0,4%).
Neuf filiales méconnues
Chaque habitant connaît ou a entendu parler de la Française des Jeux. Moins connues sont ses neuf filiales. L'Internationale des Jeux exporte les produits de la FDJ à l'étranger, la Française de Motivation est une agence de conseil en tourisme d'affaires, la Française d'Image produit les émissions de télévision comme les tirages du Loto, la Pacifique des Jeux s'occupe de la Polynésie française, la Française de Patrimoine gère les actifs immobiliers de la FDJ, la SLE-Services aux Loteries en Europe pilote l'Euromillions à partir de Bruxelles, Lotsys commercialise le savoir-faire de la maison mère en matière "d'informatique des jeux", FDJ Développement sert de courtier en Guyane et Martinique et enfin la Société de gestion de l'Echappée est en réalité l'équipe cycliste de la Française des Jeux.
L'Etat a multiplié les taxes... et ses gains
Tout l'objet de "La Française des jeux : jackpot de l'Etat ?" est de démontrer que la FDJ est la vache à lait de la France. Ainsi, l'auteur explique que sur un jeu de 10 euros, l'Etat en récupère la plus grosse part après les joueurs : 3 euros. Une somme finale collectée via divers taxes et impôts : une CSG à hauteur de 9,5% sur 23% des enjeux, une CRDS de 0,5% sur 58% des enjeux, un droit de timbre sur certains produits, une TVA sur les frais d'organisation des jeux (non sur les produits, exemptés), un prélèvement plafonné sur les mises au profit du Centre national du sport et enfin "une taxe supplémentaire sur les gains du Loto et du Loto sportif, comprise entre 5 et 30%, en fonction du gain des joueurs".
Quand l'Etat déroge à la loi
Sans de multiples dérogations accordées par l'Etat, l'activité de la Française des Jeux serait illégale. Depuis 1836, en effet, "les loteries de toutes espèces sont prohibées", précise le code pénal. Or, "sont réputées loteries et interdites comme telles (...) toutes opérations offertes au public, sous quelque dénominations que ce soit, pour faire naître l'espérance d'un gain qui serait acquis par la voie du sort". Une loi qui interdit donc toute concurrence à la Française des Jeux et qui lui garantit un quasi monopole sur les jeux de hasard. Seuls les casinos et le PMU bénéficient eux aussi de dérogations au texte.
Une société quasi étatique mais non publique
La Française des Jeux a beau avoir l'Etat pour actionnaire majoritaire (72%), des dirigeants nommés par l'Etat, des comptes contrôlés par l'Etat et des bénéfices qui filent directement dans les caisses de l'Etat, elle n'est pas une entreprise publique mais une société d'économie mixte qui compte quelques actionnaires privés. Résultat entre autres de ce statut, les parlementaires français n'ont que peu de pouvoir de contrôle sur l'entreprise et encore moins sur les fameux "prélèvements non fiscaux, qui ne sont ni les taxes sociales, ni la TVA et ne sont donc pas discutés devant le Parlement", écrit Sébastien Turay. Ces prélèvements se sont élevés en 2006 à 1,95 milliard d'euros alors que seul 1,7 milliard était inscrit dans la loi de finances. Soit un bonus de 177 millions d'euros pour l'Etat.
Courtiers : une profession vérouillée et jalousée
La Française des Jeux ne contrôle pas la distribution de ses produits. Celle-ci est réalisée par des entreprises privées, les courtiers, dont l'existence remonte à l'organisation des premières loteries. Mais si la FDJ ne les contrôle pas, elle a fait en sorte de cadenasser la profession, écrit Sébastien Turay : La FDJ "ne fait confiance qu'aux courtiers avec qui elle travaille depuis toujours. Le courtage se transmet uniquement dans une même famille, ou peut être racheté par un autre courtier". Il faut dire que les courtiers ne se contentent pas d'assurer la distribution des tickets, ils récoltent également les enjeux et payent les heureux gagnants. Ils gèrent donc des millions d'euros et leurs rémunérations sont à l'avenant.
Le premier distributeur de France
La FDJ dispose du premier réseau de distribution français : 40.000 revendeurs de ses produits dans tout l'Hexagone. Cela alors que la France compte 36.500 communes et que l'on n'y recense que 28.500 épiceries ou encore 17.000 bureaux de poste. Il faut dire que pour les commerçant, distribuer les produits FDJ peut se révéler financièrement très intéressant. Ils touchent pour leurs services 5% du montant des ventes. Dans certains établissements, la manne peut se révéler colossale. En tout, en 2006, la FDJ a versé 475 millions d'euros à l'ensemble de ses distributeurs.
La FDJ moins "généreuse" que les casinos
Pour Sébastien Turay, la Française des Jeux est loin d'être "généreuse". Pour le prouver, il compare les taux de redistribution (part des montants joués redistribués aux joueurs) de la FDJ à ceux des casinos, dont le minimum légal est fixé à 85% mais qui dans les faits dépasse régulièrement les 90%. Ce taux, depuis mars 2006, est de 50,5% pour le loto, de 50% pour l'Euromillion, de 56,6% pour Joker+ ou encore de 57,2% pour le Keno. Les jeux les plus "généreux" sont le Rapido, Cote&Match et Loto Foot, avec des taux de redistribution de respectivement 66,52%, 70% et 70%. Ainsi, pour le Loto, sur les 10 millions d'euros qu'un tirage peut faire jour, la Française des Jeux en conserve presque cinq.
La FDJ, une annexe de Bercy
Le conseil d'administration de la Française des Jeux fait presque penser à une direction du Trésor. Sur les 18 membres, 9 représentent l'Etat et sont issus da la haute administration française. Et sur ces neuf là, cinq appartiennent au ministère des Finances. Dans les murs de la FDJ, un contrôleur d'Etat est également présent en permanence. D'ailleurs, relève l'auteur de "La Française des Jeux : jackpot de l'Etat ?", la FDJ est suivi au sein de Bercy par "le bureau chargé des recettes et de l'exécution budgétaire", signe que l'entreprise n'intéresse l'Etat que pour son aspect financier". Plusieurs cadres de l'entreprise sont également issus de Bercy.
L'auteur
Sébastien Turay est journaliste et réalisateur pour la télévision. il est notamment le coauteur du livre "Le Bugaled Breizh : secrets d'Etats autour d'un naufrage", également publié chez First Editions.
Dans son livre "La Française des Jeux : jackpot de l'Etat", au-delà des rouages de l'entreprise, il s'attaque également à ses méthodes face à la concurrence et dénoncent certaines pratiques de l'opéateur quand il conçoit ses jeux.
LA FDJ
Devant un bénef aussi important que l'Etat empoche, on peut comprendre que ça le fasse grincer des dents d'entendre la Commission européenne parler d'ouvrir la FDJ à la concurrence... !
"Les peuples ne devraient pas avoir peur de leurs gouvernements. Les gouvernements devraient avoir peur du peuple"
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