Sarkozy : un krach médiatique est-il possible ?
Depuis 2002, Nicolas Sarkozy n’a jamais cessé d’occuper la « une » des médias. Loin de l’user, cette omniprésence médiatique a largement contribué à le porter à la présidence de la République. Une fois élu, Nicolas Sarkozy a choisi de poursuivre cette stratégie : de mai à août 2007, il est intervenu 224 fois dans les journaux télévisés alors que, durant la période comparable suivant son élection en 2002, Jacques Chirac n’était, lui, apparu que 75 fois. Une stratégie jusqu’ici payante puisque, quatre mois après son élection, Nicolas Sarkozy dispose d’une cote de popularité encore très élevée. Pourtant, de même qu’il peut y avoir des krachs immobiliers et des krachs boursiers lorsque l’écart est trop grand entre les espérances virtuelles et les réalités du marché, Nicolas Sarkozy court le risque d’un krach médiatique.
Explications :
1/ Promesse de rupture et risque de « reculade »
Nicolas Sarkozy a été élu sur une promesse de rupture : rupture avec les excès du pouvoir syndical, rupture avec une politique d’immigration incontrôlée, rupture avec des réglementations tatillonnes sur le marché du travail. Cette promesse n’est pas tout à fait une « première » : en 1986, Jacques Chirac avait gagné les élections législatives sur une plateforme électorale assez comparable ; devenu premier ministre, il avait alors engagé une politique de réformes profondes : privatisation des entreprises publiques, réforme du code de la nationalité et des lois sur l’immigration, durcissement du Code pénal et construction de nouvelles prisons, modernisation des universités (loi Devaquet). Il s’était alors heurté à une puissante mobilisation des forces de gauche et, après la mort de Malik Oussékine, le 6 décembre 1986, lors de la répression d’une manifestation, avait renoncé à son programme législatif puis perdu, dans la foulée, l’élection présidentielle de 1988.
Jeune député de 1986 à 1988, Nicolas Sarkozy sait donc ce qu’il peut en coûter de vouloir réformer quand on finit par être amené à décider de reculer. L’expérience de Dominique de Villepin, conduit à abandonner, lui aussi sous la pression de la rue, au printemps 2006, son projet de Contrat première embauche (CPE), est d’ailleurs là pour rappeler ce danger.
Il est clair que Nicolas Sarkozy est exposé en permanence à un double risque : soit décevoir ceux qui l’ont élu s’il n’agit pas en profondeur ; soit s’exposer à un « troisième tour social » ou un « troisième tour ethnique » s’il va trop loin ; sachant que, s’il perdait un tel affrontement, sa popularité pourrait s’effondrer.
2/ La méthode Sarkozy : culture de l’apparence, non du résultat !
C’est parce qu’il est conscient de ce risque que Nicolas Sarkozy a choisi de poursuivre la méthode des leurres et des appeaux qui lui a plutôt bien réussi comme ministre de l’Intérieur ou ministre des Finances de 2002 à 2007. C’est une méthode en cinq temps qui s’inscrit dans la démarche d’une double opposition de connivence entre le pouvoir exécutif et les acteurs sociaux qui lui sont réputés hostiles :
– 1er temps : parler fort et sans tabou pour dénoncer tels ou tels maux de la société française ;
– 2e temps : discerner la marge de changement acceptable sans trop de difficultés par les forces en place (corporatismes, « autorités morales », lobbies) ;
– 3e temps : proposer une réforme à hauteur de 100% de l’acceptable par les conservatismes de tous poils (c'est-à-dire bien souvent à peine 10% de ce qui serait réellement nécessaire !) et y ajouter un zeste de provocation ;
– 4e temps : attendre la réaction/dénonciation des conservatismes syndicaux et associatifs et négocier avec eux le retrait d’une partie des mesures annoncées ;
– 5e temps : faire passer la réforme en ayant donné des satisfactions à la fois aux protestataires (leur force de nuisance et de paralysie a été reconnue) et à l’opinion (la loi nouvelle a bien été adoptée malgré les protestations).
C’est très exactement ce qui s’est passé pour la pseudo-réforme Pécresse des universités votée durant l’été 2007. C’est ce qui est en train d’être scénarisé en octobre 2007 pour la énième réforme des lois sur l’immigration.
Bien sûr, la méthode a un inconvénient : le problème n’est pas traité, c’est d’ailleurs pour cela que l’activité législative de Nicolas Sarkozy sur la sécurité ou sur l’immigration ne s’est jamais interrompue de 2002 à 2007 ; puisque les projets de loi ne portent jamais sur l’essentiel, il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier ! On est bien loin de la « culture du résultat » ! Reste à savoir jusqu’à quand les électeurs vont se contenter des apparences.
3/ Gouvernance médiatique : mal-gouvernance !
La présidence Sarkozy est une gouvernance par l’image et la scénarisation ; c’est une gouvernance médiatique qui se cale sur les règles de fonctionnement des médias : en cela elle est conduite à privilégier l’immédiateté sur la continuité et la durée, l’émotion sur la réflexion, l’anecdotique sur l’action de fond. La gouvernance médiatique est par nature touche-à-tout et superficielle. La gouvernance médiatique est par construction une mal-gouvernance déstructurant les emplois du temps des responsables (amenés à changer de sujet d’une minute à l’autre), déstabilisant l’organisation gouvernementale, bousculant en permanence les ordres du jour parlementaires. Ces mouvements browniens ont fini par produire un malaise politique qui s’est traduit lors de la rentrée parlementaire de l’UMP en octobre 2007.
Il y a à cela une raison de fond : le temps médiatique (extrêmement court) est différent du temps politique, lui-même différent du temps administratif qui par constitution s’inscrit dans la durée. Ainsi le mouvement médiatique perpétuel est le paravent d’un immobilisme bien réel.
La gouvernance médiatique n’a guère de prise sur le réel, son univers reste le virtuel. (Voir « La tyrannie médiatique » à :
http://www.polemia.com/campagne.php?idd ... &cat_id=61)
4/ Apothéose du virtuel, revanche du réel ?
L’élection de Nicolas Sarkozy a soulevé de grands espoirs, au sein d’une opinion majoritairement de droite ; chaque nouvelle annonce maintient ces espérances : comme Jaurès jadis, Nicolas Sarkozy conjugue tous les verbes au futur. Mais il n’échappera ni au bilan ni au retour du réel. Deux crises susceptibles de détruire la confiance sont possibles :
- une crise identitaire dans la mesure où l’intégration de l’immigration n’a jamais aussi mal fonctionné, comme le montrent l’ethnicisation des quartiers et des comportements et le nombre croissant de Franco-étrangers choisissant de se marier avec des étrangers de même origine que leurs parents (Voir « Les stratégies nuptiales des Français d’origine étrangère » à :
http://www.polemia.com/contenu.php?cat_id=36&iddoc=1503) ;
- une crise financière alors même que toute loi nouvelle ouvre désormais des droits créances aux résidents français voire aux étrangers du monde entier : ainsi un étranger souhaitant bénéficier d’un regroupement familial pourra désormais tirer une traite sur le trésor public français en lui imposant de prendre en charge les frais d’un test génétique (plusieurs centaines d’euros l’unité). Au-delà de son caractère anecdotique, cette décision est révélatrice d’une irresponsabilité financière globale. A force d’ouvrir des « droits à », la France court le risque « d’argentinisation » (Voir « Finances publiques françaises : le péril argentin » à :
http://www.polemia.com/edito.php?id=1502).
Ce qui placera un jour le gouvernement au pied du mur de la dette ; l’exécutif ne disposera alors plus d’autre solution que de recourir à une hausse de plusieurs points de la TVA : cette amputation du pouvoir d’achat et cette hausse de prélèvements obligatoires risquant alors d’apparaître comme une trahison des promesses électorales que l’opinion pourrait faire payer « cash ».
5/ La chute du sujet médiatique unique (SMU) est-elle possible ?
Nicolas Sarkozy possède une maîtrise exceptionnelle de l’univers médiatique qu’il occupe sans désemparer. Reste que, comme tout sujet médiatique unique (SMU), selon l’expression du journaliste et essayiste Daniel Schneiderman dans « Le cauchemar médiatique »
(http://www.polemia.com/campagne.php?iddoc=677&cat_id=58),
Nicolas Sarkozy court en permanence le risque de la surexposition. Et en conséquence, il ne dispose désormais plus d’aucun fusible pour s’exonérer de ses échecs ou de ses demi-succès, contrairement à la période 2002/2007 où il pouvait expliquer l’insuffisance de ses résultats par la tutelle qu’il subissait de la part de Jacques Chirac et Dominique de Villepin.
Or les médias adorent brûler ce qu’ils ont adoré : cela fait toujours vendre !
Face à un fiasco ou à une désaffection de l’opinion, la machine médiatique pourrait alors s’emballer et détruire ce qu’elle a construit. On objectera que Nicolas Sarkozy dispose de puissants soutiens à la tête des médias (Bouygues, Dassault, Lagardère, Pinault, Arnault, etc.) mais ces soutiens tiennent moins à l’amitié qu’à l’intérêt et au respect de la puissance : que le rapport des forces s’inverse, que la confiance en l’avenir de l’expérience Sarkozy vacille, et les soutiens se feront plus rares et plus timorés.
C’est en cela que la comparaison avec les bulles immobilières et les bulles boursières est éclairante : l’excès de hausse des cours produit les krachs quand la confiance s’affaiblit et que l’écart entre le réel et le virtuel se révèle excessivement fort. C’est pour cela que pour Nicolas Sarkozy l’hypothèse du krach médiatique, même si elle est loin d’être certaine, est à prendre en compte.
Dans ce cas le destin de Nicolas Sarkozy ne serait pas à comparer avec celui de Margaret Thatcher, la grande réformatrice britannique (qui, elle, n’a jamais recouru aux effets d’annonces ni aux mesures purement cosmétiques) mais avec celui de l’ancien président de Vivendi Universal : Jean-Marie Messier, J6M, Jean-Marie-Messier-moi-même-maître-du-monde, coqueluche des médias à qui tout réussissait à la fin des années 1990, aujourd’hui réfugié à New York à la tête d’une pyramide de dettes.
LE KRACH MEDIATIQUE!
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