UNE TRÈS GRAVE CRISE SYSTÉMIQUE
Publié : 27/08/2007 - 22:17
On nous ment! La crise boursière du mois d'août ne constitue aucunement un repli passager ni "une prise de bénéfices".
Nous avons bel et bien affaire à un krach boursier, et plus précisément à un « krach mou».Le tassement des indices suit une lente descente aux enfers, qui est amortie par des injections massives de liquidités. Mais les fondamentaux de l'économie financière restent quand même au rouge. La crise est dite « systémique ».
De quoi s'agit-il donc ? En fait, c'est tout le système bancaire international qui est ébranlé comme un château de cartes, et menacé par des faillites en cascade. Les indices boursiers ne sont que le baromètre d'une tornade infiniment plus dévastatrice.
L'épicentre du cyclone se loge dans une bulle spéculative sur l'immobilier, mais aussi sur tout le crédit et les mouvements financiers internationaux. Les faits sont simples: les nouveaux pays industrialisés (la Chine surtout), ainsi que les narcotrafiquants se sont retrouvés avec des monceaux de dollars et d'euros. Ces fonds ont été placés auprès des institutions financières occidentales. Lesquelles, disposant de ce flot de liquidités ont reprêté ces dépôts à des emprunteurs douteux : des ménages trop modestes, mais aussi des entreprises chancelantes. Et la crise s'accentuera au fur et à mesure que ces débiteurs se déclareront défaillants. Or, il n'est pas possible de cerner à ce jour l' ampleur de ce désastre. Les banques ne savent pas combien elles vont perdre en ayant prêté n'importe quoi à n'importe qui, et ce grâce au flot incontrôlé de capitaux apatrides.
Les prêts hypothécaires.
Le cas de l'immobilier est symptomatique. Les banques américaines ont prêté à des ménages aux revenus très modestes (les « subprime mortages »). Ces ménages ont pu acquérir des biens fonciers (terrains, logements) ; provoquant ainsi une demande excessive, faisant grimper les prix à l'excès. Il n'y a donc pas au départ de bulle spéculative immobilière, mais une bulle financière des crédits octroyés.
Voyons maintenant comment le système s'effondre: un ménage achète une villa surévaluée à 1 million de dollars. La banque lui prête ce million, grâce à un crédit hypothécaire. Puis le ménage emprunteur devient insolvable : la maison est revendue, et donc les cours de l'immobilier s'effritent. La villa ne vaut plus que 600 000 dollars. Conclusion: le système bancaire va perdre 400 000 dollars en revendant la maison hypothéquée.
Les obligations foncières.
Mais le désastre ne s'arrête pas là. Car les banques ont refinancé cette bulle spéculative en émettant des obligations gagées sur leurs prêts hypothécaires.
En clair, le prêt d'un million de dollars précédemment évoqué a été placé dans une corbeille de crédits hypothécaires garantissant la solvabilité des emprunts obligataires fonciers.
Donc, le million de dollars s'est retrouvé sous forme d'obligations souscrites par le grand public, les fonds de placement ou de pension, les entreprises, etc ..... Mais, dans notre exemple, l'institution financière émettrice ne pourra que rembourser 60 % du titre à l'échéance.
Ce sont donc les épargnants et les fonds de retraite qui risquent d'essuyer les plâtres à la sortie. Et le pire, c'est que personne n'est capable de chiffrer l'ampleur des dégâts; car le système financier international était construit sur un modèle à tiroirs: certaines SICAV investissaient dans des fonds de placement, ou inversement.
Personne ne sait donc plus qui a perdu combien. D'autant que les fonds de placement ayant beaucoup perdu refusent de déposer leur bilan. Ces filiales de banques « gèlent » tout simplement les avoirs de leurs souscripteurs : les investisseurs ne peuvent donc plus revendre leurs parts. Ce qui revient à suspendre la cotation, ou dans les pires des cas à se déclarer en cessation de paiement.
Elucubrations? Non point. c' est déjà le cas de huit fonds dont quatre français. On se demande d'ailleurs à quoi sert la loi de 1985 sur les faillites .....
Le "crédit crunch ".
En français, la contraction du crédit.
C'est là qu'intervient la crise en boule de neige. Les banques ont subi de lourdes pertes, et elles ne prêtent plus. Elles se méfient désormais des particuliers, des entreprises, mais aussi et surtout des autres banques.
C'est à ce niveau que la crise va se répercuter sur l'activité économique réelle, via l'investissement des entreprises et des particuliers.
De plus, qui va payer les centaines de milliards d'euros injectés en toute hâte par la B.C.E. ? Si la crise cesse, la B .C.E. pourrait les réabsorber. Mais si la crise persiste, qui va payer ce cataplasme sur une jambe de bois ! Le contribuable européen ? Ou le consommateur européen via une poussée inflationniste?
Et la France?
Parlons clair : Nicolas SARKOZY est le premier Chef d'Etat à avoir sonné le tocsin en demandant une réunion extraordinaire du G8.
Madame Angela MERKE,L actuelle présidente du G8 lui a sèchement refusé, et ce pour deux raisons : elle tente de ne pas accentuer la panique ambiante, et surtout, c'est l'Allemagne qui a inventé les obligations foncières (les «pfund briefe »), ce qui l'expose tout particulièrement.
Face à cette pagaille, nos pouvoirs publics devront user d'une panoplie d'armes purement nationales, qui sont connues de tous :
La République Française doit garantir tous les placements effectués par des citoyens français dans des institutions financières françaises. Et il existe à cet égard un précédent: Alain JUPPE a sauvé le Crédit Foncier de la faillite par cette simple déclaration à la tribune de l'Assemblée Nationale.
La France doit décourager certains flux financiers qui minent notre économie. Il en est tout particulièrement ainsi des mouvements de fonds vers le Maghreb et l'Afrique subsaharienne.
Il serait souhaitable que ces transferts soient soumis à une taxe TOBIN de 40 % (taux de l'impôt sur le revenu) ; si ces fonds sont issus du RMI, de l'APL de prestations sociales annexes ou de revenus non justifiés. Les fonds issus des revenus d'un travail déclaré en seraient bien évidemment exemptés.
Les banques ne devraient plus être autorisées à geler indéfiniment les sommes investies dans leurs fonds de placement filialisés.
Le Code de commerce autorise à déclarer la cessation de paiement et à l'étendre à tout le groupe bancaire.
En pareil cas, un administrateur judiciaire examinerait l'ampleur des pertes financières. Et si nécessaire, les banques concernées seraient momentanément placées sous la protection de l'Etat au travers d'une nationalisation temporaire.
Rappelons à cet égard que cette mesure était inscrite noir sur blanc dans le projet présidentiel de Jean-Marie LE PEN. Notons d'ailleurs que le programme du FN avait très exactement diagnostiqué et décrit le scénario qui se déroule sous nos yeux. L'Exécutif doit réunir le Parlement français et saisir le Parlement européen.
D'abord pour être habilité à légiférer par ordonnances dans le domaine économique et financier.
Ensuite et surtout pour retrouver notre souveraineté monétaire en réformant profondément le SME et le Système monétaire international.
Tous ces éléments sont dans notre programme de 2007. Si le Chef de l'Etat en reprenait tout ou partie, il serait loisible de lui en donner acte
Jean-Richard SULZER Agrégé des Facultés
Professeur à l'Université Paris-Dauphine
Responsable du CAP 10 (Finances, budget)
Nous avons bel et bien affaire à un krach boursier, et plus précisément à un « krach mou».Le tassement des indices suit une lente descente aux enfers, qui est amortie par des injections massives de liquidités. Mais les fondamentaux de l'économie financière restent quand même au rouge. La crise est dite « systémique ».
De quoi s'agit-il donc ? En fait, c'est tout le système bancaire international qui est ébranlé comme un château de cartes, et menacé par des faillites en cascade. Les indices boursiers ne sont que le baromètre d'une tornade infiniment plus dévastatrice.
L'épicentre du cyclone se loge dans une bulle spéculative sur l'immobilier, mais aussi sur tout le crédit et les mouvements financiers internationaux. Les faits sont simples: les nouveaux pays industrialisés (la Chine surtout), ainsi que les narcotrafiquants se sont retrouvés avec des monceaux de dollars et d'euros. Ces fonds ont été placés auprès des institutions financières occidentales. Lesquelles, disposant de ce flot de liquidités ont reprêté ces dépôts à des emprunteurs douteux : des ménages trop modestes, mais aussi des entreprises chancelantes. Et la crise s'accentuera au fur et à mesure que ces débiteurs se déclareront défaillants. Or, il n'est pas possible de cerner à ce jour l' ampleur de ce désastre. Les banques ne savent pas combien elles vont perdre en ayant prêté n'importe quoi à n'importe qui, et ce grâce au flot incontrôlé de capitaux apatrides.
Les prêts hypothécaires.
Le cas de l'immobilier est symptomatique. Les banques américaines ont prêté à des ménages aux revenus très modestes (les « subprime mortages »). Ces ménages ont pu acquérir des biens fonciers (terrains, logements) ; provoquant ainsi une demande excessive, faisant grimper les prix à l'excès. Il n'y a donc pas au départ de bulle spéculative immobilière, mais une bulle financière des crédits octroyés.
Voyons maintenant comment le système s'effondre: un ménage achète une villa surévaluée à 1 million de dollars. La banque lui prête ce million, grâce à un crédit hypothécaire. Puis le ménage emprunteur devient insolvable : la maison est revendue, et donc les cours de l'immobilier s'effritent. La villa ne vaut plus que 600 000 dollars. Conclusion: le système bancaire va perdre 400 000 dollars en revendant la maison hypothéquée.
Les obligations foncières.
Mais le désastre ne s'arrête pas là. Car les banques ont refinancé cette bulle spéculative en émettant des obligations gagées sur leurs prêts hypothécaires.
En clair, le prêt d'un million de dollars précédemment évoqué a été placé dans une corbeille de crédits hypothécaires garantissant la solvabilité des emprunts obligataires fonciers.
Donc, le million de dollars s'est retrouvé sous forme d'obligations souscrites par le grand public, les fonds de placement ou de pension, les entreprises, etc ..... Mais, dans notre exemple, l'institution financière émettrice ne pourra que rembourser 60 % du titre à l'échéance.
Ce sont donc les épargnants et les fonds de retraite qui risquent d'essuyer les plâtres à la sortie. Et le pire, c'est que personne n'est capable de chiffrer l'ampleur des dégâts; car le système financier international était construit sur un modèle à tiroirs: certaines SICAV investissaient dans des fonds de placement, ou inversement.
Personne ne sait donc plus qui a perdu combien. D'autant que les fonds de placement ayant beaucoup perdu refusent de déposer leur bilan. Ces filiales de banques « gèlent » tout simplement les avoirs de leurs souscripteurs : les investisseurs ne peuvent donc plus revendre leurs parts. Ce qui revient à suspendre la cotation, ou dans les pires des cas à se déclarer en cessation de paiement.
Elucubrations? Non point. c' est déjà le cas de huit fonds dont quatre français. On se demande d'ailleurs à quoi sert la loi de 1985 sur les faillites .....
Le "crédit crunch ".
En français, la contraction du crédit.
C'est là qu'intervient la crise en boule de neige. Les banques ont subi de lourdes pertes, et elles ne prêtent plus. Elles se méfient désormais des particuliers, des entreprises, mais aussi et surtout des autres banques.
C'est à ce niveau que la crise va se répercuter sur l'activité économique réelle, via l'investissement des entreprises et des particuliers.
De plus, qui va payer les centaines de milliards d'euros injectés en toute hâte par la B.C.E. ? Si la crise cesse, la B .C.E. pourrait les réabsorber. Mais si la crise persiste, qui va payer ce cataplasme sur une jambe de bois ! Le contribuable européen ? Ou le consommateur européen via une poussée inflationniste?
Et la France?
Parlons clair : Nicolas SARKOZY est le premier Chef d'Etat à avoir sonné le tocsin en demandant une réunion extraordinaire du G8.
Madame Angela MERKE,L actuelle présidente du G8 lui a sèchement refusé, et ce pour deux raisons : elle tente de ne pas accentuer la panique ambiante, et surtout, c'est l'Allemagne qui a inventé les obligations foncières (les «pfund briefe »), ce qui l'expose tout particulièrement.
Face à cette pagaille, nos pouvoirs publics devront user d'une panoplie d'armes purement nationales, qui sont connues de tous :
La République Française doit garantir tous les placements effectués par des citoyens français dans des institutions financières françaises. Et il existe à cet égard un précédent: Alain JUPPE a sauvé le Crédit Foncier de la faillite par cette simple déclaration à la tribune de l'Assemblée Nationale.
La France doit décourager certains flux financiers qui minent notre économie. Il en est tout particulièrement ainsi des mouvements de fonds vers le Maghreb et l'Afrique subsaharienne.
Il serait souhaitable que ces transferts soient soumis à une taxe TOBIN de 40 % (taux de l'impôt sur le revenu) ; si ces fonds sont issus du RMI, de l'APL de prestations sociales annexes ou de revenus non justifiés. Les fonds issus des revenus d'un travail déclaré en seraient bien évidemment exemptés.
Les banques ne devraient plus être autorisées à geler indéfiniment les sommes investies dans leurs fonds de placement filialisés.
Le Code de commerce autorise à déclarer la cessation de paiement et à l'étendre à tout le groupe bancaire.
En pareil cas, un administrateur judiciaire examinerait l'ampleur des pertes financières. Et si nécessaire, les banques concernées seraient momentanément placées sous la protection de l'Etat au travers d'une nationalisation temporaire.
Rappelons à cet égard que cette mesure était inscrite noir sur blanc dans le projet présidentiel de Jean-Marie LE PEN. Notons d'ailleurs que le programme du FN avait très exactement diagnostiqué et décrit le scénario qui se déroule sous nos yeux. L'Exécutif doit réunir le Parlement français et saisir le Parlement européen.
D'abord pour être habilité à légiférer par ordonnances dans le domaine économique et financier.
Ensuite et surtout pour retrouver notre souveraineté monétaire en réformant profondément le SME et le Système monétaire international.
Tous ces éléments sont dans notre programme de 2007. Si le Chef de l'Etat en reprenait tout ou partie, il serait loisible de lui en donner acte
Jean-Richard SULZER Agrégé des Facultés
Professeur à l'Université Paris-Dauphine
Responsable du CAP 10 (Finances, budget)
