SALE TEMPS POUR AREVA !

Un chef-d'oeuvre bimillénaire en péril.
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Pat
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SALE TEMPS POUR AREVA !

Messagepar Pat » 25/08/2007 - 19:55

Un imbroglio diplomatique au Niger et une signature reportée en Chine remettent en question les succès de ce fleuron del'industrie française.

Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, flottait sur un petit nuage depuis l' élection à la présidence de Nicolas Sarkozy. Le nouvel hôte de l'Elysée ne jurait que par elle, et l'on a même fait plus que murmurer son nom lors de la composition du ministère Fillon. On la voyait déjà à Bercy. Le poste finit néanmoins par échoir à Christine Lagarde. Anne Lauvergeon n'a pas été affectée. Son empire se suffit à lui-même, et déborde largement sur la politique.

Chinois susceptibles


La vente de réacteurs nucléaires à l'étranger suppose de ménager soigneusement les susceptibilités d'acheteurs peu nombreux, et d'autant plus exigeants. Par exemple, ils n'aiment pas se voir brusqués. Tout spécialement les Chinois. Ils sont demeurés, même avec le capitalo-communisme, très formalistes, et ils n'ont pas beaucoup de compréhension pour les coups médiatiques répétés de leurs interlocuteurs.
Areva négociait depuis longtemps une commande de la société d'énergie nucléaire du Guang Dong, la CGNPC, portant sur deux réacteurs de type EPR, pour un total de 5 milliards d'euros.
La «lettre d'intention», autrement dit l'entente sur le principe de l'affaire avant son éventuelle conclusion, devait être signée lé 31 juillet à Pékin. Tout allait bien. Une fois la formalité expédiée, la finalisation était prévue à l'automne.
Et puis la machine s'est enrayée. 24 heures avant la réunion franco-chinoise, programmée depuis plusieurs semaines, on a appris son report sine die. Pour des raisons techniques et d'agenda.», selon la partie chinoise.
Anne Lauvergeon, et Christine Lagarde, durent annuler leur déplacement en dernière minute. Que s'étaitil passé ? Grand mutisme officiel. Le torpillage en pleine ligne droite finale, selon les connaisseurs du dossier, n'a pas pour origine directe les Chinois.
Le projet gigantesque de la société d'énergie du Guangdong ne se cantonnait pas à l'achat des deux réacteurs EPR fournis par les Français. Il comportait bien d'autres fournitures, par diverses entreprises européennes. Certaines s'émurent de la publicité qu'un déplacement ministériel ordonné de Paris allait donner à Areva. D'autant plus que le bruit courut à Pékin que Nicolas Sarkozy en personne pouvait s'inviter à la dernière minute. Les partenaires européens d'Areva estimèrent que les Français tiraient la couverture trop à eux, et firent part de leur aigreur à leurs partenaires Chinois. Lesquels tinrent le raisonnement suivant : une lettre d'intention signée avec tintamarre et en présence de personnalités équivaudrait à une commande définitive. Les usages sont violés.
D'où le report in extremis. Il paraît qu'à Berlin, certains se sont réjouis.

Le bruit des armes

Un malheur n'arrivant jamais seul, voilà qu'éclate à Niamey, au Niger une affaire qui couvait depuis plusieurs mois.
Un réacteur nucléaire, cela marche à l'uranium. Areva s'en procure en particulier chez le troisième producteur mondial, le Niger, pour au moins le tiers de ses besoins. Il s'agit d'une ressource vitale pour ce pays africain. Tout se déroulait paisiblement depuis des années, quand deux facteurs perturbateurs surgirent au début de 2007. Le premier concernait la hausse des cours de l'uranium. D'où des réflexions désagréables, en provenance du palais présidentiel de Niamey: « Les Français nous achètent notre uranium au quart du prix sur les marchés mondiaux, cela ne peut plus durer »,disait-on dans l'entourage du président du Niger, Mamadou Tandja. A quoi était objecté qu'Areva se fournissant par un contrat à très long terme, le prix de l'uranium était garanti même en cas de chute des cours.
Dans cette ambiance un peu crispée, éclata subitement le bruit des armes.
Dans le nord du Niger, fâcheusement en zone d'extraction de l'uranium, subsiste la confrontation tantôt larvée, tantôt armée, entre le pouvoir de Niamey et la minorité Touareg. Celle-ci s'incarne en particulier dans le Mouvement des Nigériens pour la Justice, le MNJ, qui se souleva au début du printemps. Au cours de l'attaque d'une mine d'Areva, un militaire de Niamey fut tué en avril. Areva demanda alors à l'ancien attaché militaire français à Niamey de prendre en main le problème de la sécurité de ses installations. Ce que fit le« consultant ». Là-dessus, début juillet, il y eut une« bavure ». Un militaire recruté par les soins du Chargé de la sécurité déserta en emportant des fonds importants. Cas banal ne méritant même pas d'être mentionné ? Pas du tout, s'offusqua-t-on à Niamey. Selon eux, la désertion était combinée par le consultant d'Areva, son but était de fournir de l'argent aux rebelles du MNJ. Donc, ingérence manifeste, quasiment un casus belli. La seule chose certaine, c'est qu'avec Bernard Kouchner aux Affaires Etrangères, l' ingérence est devenue plus que jamais la doctrine officielle de Paris. Le président Tandja joua à fond cette carte.
Tandja expulsa le consultant, puis le N° 1 d'Areva au Niger. La crise prit une ampleur inquiétante. Au point que Nicolas Sarkozy dut téléphoner à Tandja.
Dans les 24 heures, l' escalade s'arrêta, Anne Lauvergeon s'envola pour le Niger, et un nouvel accord fut signé aussitôt. On apprit qu' Areva devrait entre autres s'accommoder de conditions faites à des concurrents étrangers. Un étrange imbroglio s'achevait au détriment des intérêts d'Areva.
Alexandre MARTIN : National Hebdo
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Que les hommes d'arme bataillent et que Dieu donne la victoire! (Jeanne d'Arc) Patriotiquement votre.

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