Martin Hirsch, l'atout « gauche du cœur » de SarkozyNICOLAS SARKOZY attend, dans les prochains jours, les propositions de Martin Hirsch pour l'emploi, et dans les prochaines semaines celles de Richard Descoings pour le lycée. Eviter de jeter les moins de 25 ans dans la rue, voilà la priorité d'un président qui craint une insurrection d'une partie de la jeunesse, notamment celle des "cités", si la situation économique et sociale continuait à se dégrader. Gérard Larcher, le président du Sénat, s'est d'ailleurs récemment inquiété de la «
tension qui montait chez les jeunes de banlieue ». Car, avec la crise, il est plus difficile de trouver une occupation aux générations montantes. Le problème n'est certes pas nouveau. «
Notre devoir est de tout faire pour permettre l'accès au travail à des dizaines de milliers de jeunes qui n'y parviennent pas dans les conditions actuelles » disait déjà Edouard Balladur en 1994. «
Le chômage touche 11 % des jeunes en Allemagne, contre 23 % chez nous. Vous croyez qu'on peut rester les bras croisés ? » confiait Dominique de Villepin en 2006.
LA HANTISE DU PÉRIL JEUNE La situation est encore plus critique aujourd'hui si bien que, depuis le début de l'année, le président de la République, inquiet de la révolte des jeunes Grecs, cherche à tuer dans l'œuf tout risque de contamination. Aussi a-t-il décidé de reporter la réforme de la classe de seconde, menée par Xavier Darcos. Et, le 12 janvier, il flanque le ministre de l'Education nationale d'un démineur, Richard Descoings, directeur de Sciences po Paris. Le même jour, il désigne également un pompier, Martin Hirsch, pour traiter de tous les problèmes de la jeunesse : éducation, logement, santé... Et, bien sûr, l'emploi, que le président inscrit à l'agenda fixé, lors de la conférence sociale du 18 février.
Prêt à ironiser sur la France qui manifeste, Nicolas Sarkozy prend des gants avec la jeunesse qui proteste. Durant la bataille du contrat première embauche (CPE) en 2006, alors ministre de l'Intérieur de Dominique de Villepin, il entretenait des contacts secrets avec Bruno Julliard, président de l'Unef, à l'insu du Premier ministre et au mépris de la solidarité gouvernementale. Devenu président, Sarkozy reste très sensible au péril jeune et choisit deux hommes aux profils assez comparables pour le conjurer : ouverts (à la gauche et aux immigrés) et conformes aux canons de la bien-pensance médiatique, Hirsch et Descoings affirment vouloir s'attaquer à la question de la formation et de l'emploi.
UN ARRIVISTE TRÈS POLITIQUEMENT CORRECT Mais qui est précisément Martin Hirsch ? Dans son très précieux
Faits & Documents du 1er au 15 juin 2007 (n°237), l'ami Emmanuel Ratier nous apprenait que, né en 1963, il était «
issu d'une famille célèbre » puisque « arrière-petit-fils du banquier Richard Hirsch (marié à Marianne Schwenk), mort en déportation, et petit-fils de Etienne Hirsch (marié à Thérèse Bernheim), ingénieur civil des Mines ». L'intéressé précise d'ailleurs : «
Le judaïsme était pour ma famille plus tradition que religion. Il y avait une certaine fierté, n'allant toutefois pas jusqu'à l'ostentation, à faire partie d'une minorité qui avait résisté à des millénaires d'atroces persécutions ; (...) le devoir d'un juif est de lutter contre l'injuste et de secourir les opprimés et, par son attitude, d'attirer le respect, sans pour autant être provocant. »
Ancien de l'Ecole normale supérieure et de l'ENA où il entre par un biais lui évitant de passer le concours habituel, le jeune Hirsch entre au Conseil d'Etat puis devient conseiller juridique de la Caisse nationale d'assurance maladie. Il rejoint sous la gauche en 1992 le ministère de la Santé et de l'Action humanitaire. Bientôt directeur de la pharmacie centrale des Hôpitaux de Paris, le voici, dès le retour du PS aux affaires en 1997, directeur de cabinet de Bernard Kouchner (lui aussi rallié dix ans plus tard à Sarkozy) au secrétariat d'Etat à la Santé et à l'Action sociale (où il s'occupe du scandale du sang contaminé et de la réforme des centres de transfusion sanguine), tout en étant parallèlement conseiller chargé de la santé au cabinet de Martine Aubry, à l'époque ministre de l'Emploi et de la Solidarité et aujourd'hui premier secrétaire du PS.
DE MARTINE AUBRY À L'ABBÉ PIERRE La carrière décidément très remplie de cet arriviste le conduit à présider l'Union centrale des communautés d'Emmaüs de 1995 à 2002, puis Emmaüs France, où il reprend le flambeau de l'abbé Pierre, dont, nous précise Ratier, il avait pourtant «
fermement condamné le soutien apporté à Roger Garaudy dès son arrivée au sein du mouvement ». Fleuron de la bien-pensance, il siège aussi au comité consultatif de la HALDE que préside le protestant Louis Schweitzer et, insatiable, il est également vice-président de l'Association pour la recherche sur le cancer, ARC, qui fut éclaboussée par le scandale Crozemarie.
Se définissant comme de gauche « tendance Delors », ce militant de la laïcité s'est prononcé pour le oui à la Constitution européenne en 2005. En revanche, sa judéité ne le conduit pas à être un soutien inconditionnel de la politique d'Israël. Au retour d'un voyage dans l'Etat hébreu et les territoires occupés, il s'étonne dans
Le Monde le 5 février 2003 que, «
face à la litanie des droits élémentaires violés des Palestiniens, si peu de gens soient choqués ».
UN ÉLECTRON LIBRE QUI AGACE À DROITE La personnalité et les manœuvres de Hirsch agacent ses collègues du gouvernement car le nouveau haut-commissaire à la Jeunesse applique en matière d'emploi les méthodes qui lui ont permis d'imposer le RSA lorsqu'il était «
haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté », un bidule créé par Sarkozy au lendemain de son élection à l'Elysée et qui était déjà destiné à faire croire que l'ex-maire de Neuilly avait un « cœur gros comme ça » et que l'on pouvait être l'intime de grands patrons multimilliardaires et en même temps se préoccuper des miséreux.
Selon
L'Express, ses collègues du gouvernement ont surnommé Hirsch le "coucou" pour sa tendance à pondre ses œufs dans le nid des autres et l'accusent de piquer leurs dossiers et de tirer à lui la couverture médiatique... Quelques plaintes saisies au vol : «
Nous, on travaille en équipe, et lui monte des réunions sur l'emploi des jeunes tout seul. » Un autre : «
Il accapare les trucs politiquement corrects et nous laisse les emmerdes. » En particulier, sa mésentente avec Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, crée de sérieuses difficultés : les deux hommes travaillant sur un même sujet, l'emploi des jeunes, mais rechignant à se rencontrer, c'est le président du Sénat qui, rompu aux missions délicates, a servi d' intermédiaire !
Le statut hybride de Hirsch explique beaucoup de ces rancœurs : il n'est pas ministre, c'est lui qui l'a voulu ainsi. Son domaine est circonscrit : la mise en place du très dispendieux RSA, d'abord, une politique pour les jeunes, aujourd'hui. Son parcours l'aide à transformer sa faiblesse - il n'a pas d'administration à sa disposition - en force : l'ancien conseiller d'Etat, directeur du cabinet d'un ministre, puis d'une agence publique, connaît et maîtrise l'univers technocratique. Il sait à la fois « parler le Bercy » et jouer sur le compassionnel, lui, l'ex-président d'Emmaüs France. Or, la dimension compassionnelle est aujourd'hui essentielle en politique. Elle tient souvent lieu d'action. Elle est là pour suppléer les résultats qui font défaut. Jacques Chirac était un champion toutes catégories dans ce domaine. Dès qu'un drame, qu'un fait divers survenait, il était sur les lieux avant l'ambulance mais avec les caméras !
UN ADEPTE DE LA STRATÉGIE COMPASSIONNELLE La méthode a bien fonctionné avec le RSA : il a imposé ce dispositif à une majorité rétive et son mode de financement (une taxe de 1,1 % Sur les revenus de l'épargne) à un président qui ne voulait pas augmenter les impôts. Elle devra faire ses preuves sur le sujet qui piège les gouvernements depuis trente ans : les jeunes. Hirsch a beau dire qu'il ne fait pas de politique, depuis qu'il est haut-commissaire à la Jeunesse il participe à tous les Conseils des ministres. Or, le projet d'allocation-autonomie pour les 18-25 ans, qu'il doit présenter en principe la semaine prochaine, est un gouffre financier... comme l'est déjà le RSA.
Il s'agirait de donner un revenu aux 190 000 jeunes qui sortent de l'école ou de l'université sans un diplôme correspondant aux études qu'ils ont poursuivies et qui ne trouvent pas de travail voire à tous les jeunes de 18 à 25 ans, y compris bien sûr les étrangers, comme le souhaite l'UNEF. Cette aide serait théoriquement liée à un vague engagement (stage, formation, orientation vers un métier) mais elle ne fera qu'augmenter la dette et les déficits déjà gigantesques tout en favorisant l'inactivité. D'autant que le nombre de jeunes susceptibles d'être intéressés ne cesse d'augmenter. En effet, avec cette crise, exceptionnelle, même ceux qui ont suivi les bons cursus sont touchés.
APRÈS LE RSA, UN NOUVEAU GOUFFRE FINANCIER Actuellement, le chômage des jeunes progresse deux fois plus vite que la moyenne, notamment parce que les moins de 25 ans sont souvent recrutés par intérim ou en CDD. Ainsi, Martin Hirsch prévoit lui-même de 150 000 à 250 000 jeunes chômeurs de plus cette année. S'il a proposé d'augmenter le nombre de contrats aidés et de créer le service civique, il veut surtout relancer l'alternance (contrat d' apprentissage ou de professionnalisation), actuellement en perte de vitesse, et propose d'augmenter la prise en charge financière par l'Etat afin de rendre ces contrats plus incitatifs. «
Pour 100 000 jeunes embauchés sur deux ans, notamment en alternance, cela coûterait 1,5 milliard d'euros », affirme-t-il. Bref, dépenser toujours plus sans aucune garantie au bout, telle est la politique - de gauche - promue par Hirsch. Or, s'il est tout à fait nécessaire d'aider la jeunesse à trouver un véritable emploi, il ne l'est pas d'encourager l'assistanat. On le voit, Sarkozy, prêt à tout pour ne pas s'aliéner les jeunes générations qui lui ont été majoritairement hostiles à la présidentielle de 2007, trahit chaque jour davantage l'électorat qui l'a plébiscité. A l'heure où l'on parle de plus en plus ouvertement d'une augmentation des impôts et des charges, et notamment de la CSG, ces nouvelles dépenses, démagogiques et ruineuses sont une folie. Une de plus de l'ère Sarko.
Jérôme BOURBON, Rivarol du 10 avril 2009<
jeromebourbon@yahoo.fr >.