Je m’présente, je m’appelle Henri. Mais je préfère qu’on m’appelle Issa, un prénom africain.
Je suis blanc, trop blanc. Blanc, ce n’est pas une couleur et j’en ai honte. Aussi je me suis fait coiffer à la rasta, pour ressembler à Bob Marley dont le visage orne mon tee-shirt.
Mon passe-temps préféré, c’est m’asseoir par terre dans un square avec mon tam-tam. J’adore jouer des rythmes lancinants et répétitifs. C’est une sorte de drogue qui m’évite de penser à ma misérable condition d’Européen, c’est-à-dire de coupable de tous les maux de la planète. C’est aussi un formidable moyen de communication qui remonte à l’aube de l’Humanité.
Parfois, je vois passer un facho, un de ces jeunes aux cheveux courts et aux idées tout aussi courtes. Alors j’entame sur mon tam-tam le rythme syncopé d’une marche guerrière zoulou. C’est un acte courageux même si ce gros rustre n’y connaît rien et passe son chemin sans même me remarquer.
Un jour, j’ai vu passer une jeune fille plutôt jolie bien qu’elle fût blonde. J’ai tout de suite exécuté une parade nuptiale de la tribu Massaï. Elle a continué son chemin, comme si de rien n’était. Mais je suis sûr que nous avons communiqué.
Comme elle habitait dans mon quartier, je me suis arrangé pour être sur sa route, le soir, quand elle rentrait du lycée. Le même scénario se reproduisait à chaque fois.
J’en ai parlé à mon pote Mohamed. Il a tenu à être présent lors de ma prochaine tentative. Le jour J, j’ai donc commencé à frapper la peau de zébu de mes mains agiles. Et quand elle est arrivé, Mohamed s’est approché d’elle et l’a accostée : il n’a pas froid aux yeux, Mohamed ! Il est direct et ne semble pas connaître la honte de soi.
Depuis, elle sort avec Mohamed et moi je suis là, seul, avec mon tam-tam et ma coiffure rasta.
Webmestre
http://www.je-dis-non.com/article_forum.php3?id_article=7#forum1548
Tiens, j'ai lu que Pianoforte avait laissé un com..


