Mon amie et moi, nous avons toujours voulu avoir des enfants. Mais pas trop tôt. Il ne faut pas avoir des enfants trop jeune car on n’est pas encore capable d’assumer cette lourde responsabilité. Il faut se sentir prêt moralement et surtout pouvoir assumer financièrement : ça coûte cher d’élever un enfant dans la dignité en lui payant des loisirs et des activités. Oh, je sais, les vieux ringards disent que dans leur jeunesse, ils n’avaient pas tout ce confort et qu’ils n’étaient pas malheureux. N’empêche qu’ils sont devenus des vieux ringards qui ne comprennent rien au monde qui les entoure. Mon amie a donc préféré avorter deux fois avant la naissance du premier qu’elle a eu à l’âge de trente ans.
30 ans c’est un bel âge pour devenir maman. Cela laisse du temps pour avoir éventuellement un second. Mais pas plus : on ne vit pas pour faire des enfants ! Je pense à mon voisin, Jean de Saint-Loup (vous voyez le genre), dont la femme en a eu cinq : une vraie pondeuse. Elle est femme au foyer, la pauvre. Un jour, je faisais une réflexion sur ce sujet à ce vieux phallocrate et il m’a répondu : « Dieu merci, j’ai un salaire suffisant pour éviter à ma femme de travailler ». Lamentable. Comme si une femme travaillait pour gagner de l’argent ! Un job, c’est valorisant. La mienne est enseignante dans un lycée d’un quartier sensible. Elle se fait insulter par ses élèves. C’est très enrichissant sur le plan personnel. Elle est ouverte sur le monde : plutôt que s’occuper de ses propres enfants, elle s’occupe de ceux des autres.
Mais, assez bavardé. Je vais plutôt vous raconter en détail la naissance de mon enfant. Si je pouvais, je vous montrerais les photos et les vidéos que j’ai faites sur lui. Je les propose à tous mes amis. Mais le webmestre fasciste de ce site m’a honteusement censuré, prétextant que les internautes seraient vite lassés. Comment peut-on être lassé par mon enfant ?
D’abord, il y a eu les neuf mois de grossesse que j’ai partagée avec mon amie. Un enfant, ça se fait à deux et le père se doit de participer. J’assistais assidûment aux séances de préparation à l’accouchement afin d’être prêt le moment venu. Je potassais les livres de Françoise Dolto. Je collais un autocollant "Bébé à bord" à l’arrière de ma voiture pour prévenir les conducteurs machistes que je transporterais bientôt l’avenir de l’Humanité. Je courais acheter des fraises bio à mon amie quand il le fallait. Je ressentais même les contractions : nous étions en parfaite symbiose.
Quand mon amie m’annonça que le moment était venu, je fondis en larmes tant mon émotion était grande. Nous nous rendîmes à la clinique. Je la suivis évidemment dans la salle d’accouchement. Quand je pense qu’autrefois les pères restaient dans la salle d’attente et manquaient cet événement essentiel qu’est la naissance d’un être humain. Il est vrai qu’alors les hommes étaient des brutes sanguinaires qui préféraient la guerre à la paix et leur voiture aux enfants.
Lorsque l’enfant sortit de la matrix, je veux dire de la matrice, je m’évanouis d’émotion. A mon réveil, le personnel hospitalier avait l’air un peu gêné. « Il n’est rien arrivé à l’enfant ?! » fut ma première réaction. La sage-femme me montra un berceau et me dit « C’est un garçon ! » avec un drôle de sourire. Je m’approchai et retirai le drap : mon enfant était noir ! Je regardais mon amie d’un oeil quelque peu soupçonneux. Heureusement , celle-ci mit rapidement fin à ma crise petite bourgeoise :
« Voyons, chéri. Tu sais bien que les races n’existent pas et que nous sommes tous le fruit du métissage. Tu as probablement parmi tes ancêtres des Africains. Le métissage était chose courante tout au long de l’Histoire. Par exemple, sous le règne de Louis XIV, les mariages interraciaux étaient abondants. Seule un propagande réactionnaire de l’Eglise nous a fait croire le contraire. »
Suis-je bête ! J’ai un peu honte d’avoir douté d’elle. Elle est prof d’Histoire et elle s’y connaît. En plus, son explication est corroborée par les articles du journal l’Immonde ou les émissions de Rance Télévision. Le métissage a toujours existé : c’est évident ! J’aurai dû y penser.
De retour chez moi, plein de fierté, j’annonçais la naissance de mon fils à notre facteur Mamadou. Il est d’origine malienne et nous avons eu l’occasion de sympathiser. Il était transporté de joie. Il chantait : « C’est un garçon, c’est un garçon ! » C’est incroyable de voir comme ces gens partagent nos émotions. Les racistes devraient méditer cela. Il tenait à tout prix à nous recevoir dès la sortie de la maternité.
Nous nous rendîmes donc un soir à l’invitation. Mamadou avait préparé un vrai festin. Il était très excité. Il parlait sans arrêt de sa quatrième femme et de son dernier enfant. Pourtant, je ne comptais que trois Africaines vêtus de tuniques colorées. Subitement, je compris. La dernière de ses femmes était sûrement restée au Mali du fait de la réglementation liberticide de la France. Interdire ainsi à un homme de vivre avec sa famille : quelle honte ! Un peu éméché, je jurais à mon ami Mamadou que j’étais prêt à entamer une grève de la faim pour que sa quatrième femme puisse le rejoindre. Ils partirent tous d’un énorme rire. Ces gens sont merveilleux : ils préfèrent oublier le côté dramatique d’une situation en se tournant résolument vers la joie de vivre. Nous avons tant à apprendre d’eux.
Il y a quelques jours, mon amie m’annonça qu’elle était à nouveau enceinte.
C’est merveilleux, répondis-je. Et j’ajoutai timidement : ce serait bien si nous avions à nouveau un petit noir.
Je pense qu’il sera plutôt chinois...
Chinois ? Comme Tchang, mon collègue de travail ?
Non. Chinois comme Li, notre voisin du troisième...
http://www.je-dis-non.com/article_forum.php3?id_article=10#forum
Ce site est vraiment excellent.
Je conseille aussi la fable du renard et du corbeau, savoureuse pour ceux qui savent lire entre les lignes:
http://www.je-dis-non.com/article.php3?id_article=54


