Une société régulée par l'émotion va à sa mort.

La société en mouvement.
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Mijanne
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Une société régulée par l'émotion va à sa mort.

Messagepar Mijanne » 27/07/2007 - 18:20

Daniel Soulez Larivière, avocat au barreau de Paris, a écrit avec la psychanalyste Caroline Eliacheff Le Temps des victimes (Albin Michel). Inquiets de la place de plus en plus importante que ces dernières ont prise dans la société contemporaine, les auteurs alertent sur les risques de cette «victimisation» généralisée.
Comment définiriez-vous l'origine de ce phénomène?
- Pour moi, il est précisément daté. Il remonte aux années 1980. C'est à ce moment-là que s'effectue une redistribution dans les catégories «victimes» et «coupables». La valorisation de la place de la victime devient alors générale. Elle aboutit aujourd'hui à ce que des enfants comme des adultes se proclament victimes 40 fois par jour. En raison du statut favorable de victime. Je me souviens d'une phrase de Christine Villemin [la mère du petit Grégory, mort noyé dans la Vologne, en 1984] qui m'avait frappé: «On dirait que les gens envient notre malheur.»
N'est-il pas normal que la société se préoccupe plus que jadis des personnes touchées par le malheur?
- Cela procède d'un bon sentiment. Qui pourrait le contester? Mais cela aboutit, pour les victimes et pour la société, à des situations toxiques qui sont contraires à leurs intérêts réels. Si la société est régulée par l'émotion, elle va droit à sa mort. Qu'est-ce que cela veut dire si nous ne sommes capables d'être ensemble que dans les catastrophes ou les prises d'otages? Paradoxalement, la situation victimaire recrée du lien social. Mais il y a aujourd'hui tant d'audiences au tribunal qui sont submergées par l'émotion! Par rapport au cri et à la souffrance, aucun raisonnement n'est recevable.
Ne craignez-vous pas que vos positions suscitent un tollé?
- Il ne s'agit que d'une contribution pour faire réfléchir les uns et les autres. Alerter sur une maladie auto-immune de la démocratie, conséquence de l'individualisme qu'avait relevée Alexis de Tocqueville dès le XIXe siècle. Deux principes s'imposent néanmoins sans conteste à la justice: la décision prise doit aider à ce que les mêmes faits ne se reproduisent pas et le tort causé à la victime doit être réparé correctement. Ce n'est pas le cas, aujourd'hui. Je ne suis pas certain que la mise en avant du péché d'autrui soit la meilleure manière
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