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La Toussaint rouge : Il y a 55 ans, le 1er novembre 1954

Publié : 01/11/2009 - 1:47
par Pat
La Toussaint rouge : Il y a 55 ans, le 1er novembre 1954, la guerre d’Algérie commençait
Posté par Jacques : le 1er novembre 2009

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Ci-dessus, la une de L'Echo d'Alger, le 7 novembre 1954, quelques jours après la Toussaint rouge. François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur de la IV°République, déclare "L'Algérie, c'est la France". Le gouvernement annonce l'envoi de troupes pour "nettoyer" le territoire algérien (au karcher ??? oups, l'anachronisme m'a échappé...). C'est le début d'un conflit terrible.

Voici la une de L'Echo d'Alger, le 7 novembre 1954, quelques jours après la Toussaint rouge. François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur de la IV° République, déclare "L'Algérie, c'est la France". Le gouvernement annonce l'envoi de troupes pour "nettoyer" le territoire algérien (au karcher ??? oups, l'anachronisme m'a échappé...). C'est le début d'un conflit terrible.

1er novembre 1954 – La Toussaint rouge
La guerre d’Algérie commence
L’attaque dans les gorges de Tighanimine – 1er novembre 1954 – 7h du matin


En plein cœur des Aurès, dans les gorges sauvages de Tighanimine, sur la route entre Biskra et Arris, un vieux car Citroën gravit péniblement la route sinueuse. Toutes les places sont occupées. Les voyageurs ordinaires sont des paysans qui vont au marché. Des chaouïas à l’air farouche, vêtus de cachabia en laine brute pour les hommes, des haïks noirs pour les femmes dont on voit le visage car les femmes de l’Aurès ne sont pas voilées. Sur le sol, des couffins débordent de marchandises, ils voisinent avec des volailles vivantes aux pattes attachées.

Trois personnes se distinguent du commun. Un homme superbement habillé, le caïd de M’chounèche, Hadj Sadok et deux européens, M. et Mme Monnerot, un couple d’instituteur. Ceux-ci, jeunes mariés, étaient en Algérie depuis moins d’un mois.

Le jeune homme, aux idées très libérales et généreuses, avait convaincu sa jeune épouse de le suivre en Algérie, « La-bas, tu verras, on a l’impression de servir à quelque chose, la misère est grande et on dit qu’en Algérie les trois quarts des musulmans sont illettrés ».

Installés à Tifelfel, une mechta perdue entre Arris et Batna, les jeunes gens avaient été vite adoptés par les chaouïas, pourtant habituellement hostiles et méfiants vis-à-vis des étrangers.

Entre Biskra et Arris – 7h15 sur la route nationale 31, au km 800

Coups de frein brutal, cris, hurlements… Les voyageurs bousculés tombent en avant… Des hommes armés barrent la route. Deux d’entre eux sautent dans le car. « Silence ! Ça suffit, armée de la libération nationale, que personne ne bouge ! » « Toi, descends », ajoute-t-il en désignant le Caïd, « et vous aussi dit-il en s’adressant aux deux européens ».

A l’extérieur, des hommes ont surgi des éboulis de pierre. Ils sont armés et leurs armes sont braquées vers le car. « Tu as reçu notre proclamation. De quel côté es-tu ? »

Interpellé le caïd Sadok réagit, méprisant « tu n’imagines pas que je vais discuter avec des bandits ». Sa main droite s’approche de son baudrier alors qu’il ajoute en désignant les jeunes enseignants « vous n’avez pas honte ? Ce sont des enfants, des instituteurs français qui viennent pour nous aider ».

Soudain, c’est le drame. Du bas côté de la route une rafale d’arme automatique part. Elle atteint le Caïd en plein ventre, Guy Monnerot est touché à la poitrine, sa femme est atteinte à la hanche. Elle seule survivra. Le corps du Caïd est hissé dans le car, les deux petits instituteurs français sont traînés sur le bord de la route et abandonnés. A 7h30, à Arris, l’ethnologue Jean Servier est alerté. Il organise les secours et prépare la défense de la ville.

Les réactions à Alger et en Métropole

À Alger, la surprise a été totale, mais après l’affolement de la nuit, on pense en général, chez les responsables politiques et militaires, que la situation n’est pas aussi grave qu’on le pensait à 4 heures du matin, la nuit de l’attaque, « préoccupante, mais pas dramatique » écrit le gouverneur Roger Léonard revenu de ses frayeurs nocturnes. Partout les forces de l’ordre ont vigoureusement réagi et contrôlent le pays. C’est la thèse officielle que reprennent les médias dans les semaines qui suivent. « Les principaux meneurs sont arrêtés » titre « Le Journal d’Alger » tandis que le gouverneur déclare à la radio « Nous briserons le mouvement terroriste et châtierons les coupables. A Paris, François Mitterrand, ministre de l’intérieur, affirme « Nous ne tolérerons aucun séparatisme ».

La guerre ?

Jamais ce terme n’a été utilisé. « Événements », « Flambée de violence » sont les expressions les plus employées pendant longtemps. Personne ne pensait alors que la Toussaint rouge, le 1er novembre 1954, serait le début d’une affaire qui allait marquer l’histoire de notre pays pendant les dix années suivantes. Le début d’une guerre qui allait causer tant de malheurs, coûter tant de sang et de larmes et provoquer tant de blessures encore mal cicatrisées, 55 années après le commencement de la tragédie.

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